La libération sexuelle est le cheval de Troie du capitalisme

Comme l’explique Yuval Noah Harari dans sa Brève histoire de l’humanité (probablement le bouquin traitant d’histoire le plus intéressant que j’ai pu lire jusqu’ici), il serait ridicule de nier l’influence de notre modèle de société sur nos comportements.

Bonheur
Tout comme il serait ridicule de nier l’influence de la technologie dans cette image, il est évident que l’idéologie de notre société influence jusqu’à nos pratiques amoureuses et sexuelles.

Alors que Zygmunt Bauman corrélait en partie nos nouvelles habitudes de consommation avec une réduction du nombre d’années passées en couple (voir cet article), et que Harari explique que la famille et le patriotisme ont peu à peu étés évincés par les “communautés de consommateurs”, on me faisait dernièrement remarquer que la libération sexuelle était le cheval de Troie du capitalisme. Explications:

La croissance

Dans notre société capitaliste dont la survie nécessite une croissance économique continue (et donc sans fin), le maître mot est alors consommation. Pour que les PIBs augmentent chaque année, il faut sans cesse que nous achetions d’avantage que l’année précédente. Ce système fonctionne depuis un certain temps car nous avons commencé à partir de presque rien, très loin des limites de notre environnement auxquelles nous faisons face aujourd’hui. En effet, il y a 250 ans, nous n’étions même pas 1 milliard sur terre. Nous avons depuis explosé:

Croissance démographique: population mondiale depuis l’an -10’000. Source

Aujourd’hui, pour continuer de croître malgré le fait que nous approchons des limites de notre planète terre, nous avons besoin de pousser les personnes à consommer toujours plus, bien plus que ce dont elles ont véritablement besoin. Heureusement, nous avons réussi à leur faire croire que leur propre valeur dépend de la possession d’objets de luxe, et elles sont de plus en plus nombreuses à se tuer au travail afin d’acheter le smartphone/machine à café/voiture/maison/yacht/avion/… de leur rêve, soit disant nécessaire pour “réussir” leur vie.

CONSOMMEZ!

Pour convaincre la population mondiale d’acheter toujours plus, on peut heureusement compter sur la publicité! Aujourd’hui, nous en voyons environ 3000 tous les jours…

3000…

… tous les jours!

Qu’importe que vous y fassiez attention ou non, votre cerveau lui, les enregistre. D’ailleurs, un enfant de 10 ans est capable de reconnaître 400 marques, ça se passe de commentaire. Mais laissons de côté tout le génie publicitaire capable de nous conditionner à un point que nous n’oserions imaginer, et venons en au titre de cet article: A force d’être constamment assailli d’injonctions à l’achat, d’être encerclé par une quasi infinité de propositions de produits, comment ne pas finir par être au moins en partie influencé par la logique de la consommation?

L’influence de la logique consumériste sur nos pratiques amoureuses

La réduction matérialiste

Tout se consomme, même nous! Nous ne sommes au final que des produits comme les autres, et nous pouvons disposer de notre corps comme bon nous semble, tout comme nous le faisons avec nos chaussures, notre piscine ou notre télévision. Après tout, la propriété privée fait l’objet de l’article 17 des droits de l’homme, et mis à part le fait que nous ne pouvons pas (encore) totalement changer de corps, et que seule une minorité accepte de le louer contre de l’argent, il n’en reste pas moins qu’un objet.

L’émotionnel à la poubelle

A partir de cette réduction de l’humain au rang de produit de consommation, l’émotionnel, voir le spirituel, est tout simplement ignoré. Courage alors à ceux qui ressentent encore quelque chose, ils subiront de plein fouet leur propre dévalorisation au rang d’objet lorsqu’ils seront remplacés, passés de mains en mains, échangés, jetés, recyclés, abandonnés voir tout simplement oubliés, aussi vite qu’on le ferait avec une vieille chemise.

Tout de suite

Aujourd’hui, plus besoin d’attendre de bien connaître la personne avant de passer à l’acte. Nous pouvons dorénavant avoir un rapport sexuel avec n’importe qui, sans crainte d’une éventuelle fécondation et bien protégés des maladies sexuellement transmissibles, derrière ce dispositif polymère contraceptif de protection bactériologique plus communément appelé “préservatif”. Pourquoi vouloir attendre d’ailleurs, la publicité nous a depuis longtemps appris que lorsque l’on souhaite acheter un produit, il faut le faire tout de suite, et ne surtout pas se poser de questions qui pourraient remettre en cause l’achat. Suivez vos pulsions nous dit-on, foncez!

Seule la finalité compte

Et ensuite? Rien. Seule la consommation, à savoir le rapport sexuel dans ce cas, comporte de la valeur. Ensuite, on jette et on recommence avec un nouveau produit. Oubliez la vie ensemble et l’amour durable. Au bout d’un certain temps, nous sommes périmés, passés de mode. La seule solution consiste alors à investir dans du neuf…

L’ultralibéralisme

Sus aux mesures protectionnistes! Le marché est ouvert et accessible à tous. Fini la beauté d’une relation particulière unique entre deux personnes, s’autolimiter est tout simplement incompréhensible dans une société dont la survie nécessite une croissance continue. Au contraire, consommer des hommes ou femmes différents le plus souvent possible est chaudement encouragé. Le “coup d’un soir” devient la nouvelle norme.

Le cheval de Troie du capitalisme

Désormais, alors que même nos relations intimes suivent un modèle consumériste, comment ne pas considérer l’ultra-consommation dont nous bombarde le capitalisme comme naturel? Comment pourrions-nous reprocher à la société de nous pousser sans cesse à consommer, alors que ce comportement fait maintenant partie intégrante de notre vie intime. Au final, si nous fonctionnons de la sorte, il est normal que la société en fasse de même. Impossible alors d’émettre la moindre critique sans passer pour incohérent, ou du moins se heurter au mur grandissant des consommateurs du sex.

Et le bonheur dans tout ça?

Difficile. Demande t’on a une bouteille de limonade ou à un canapé si sa vie comporte à la fois le plaisir et le Sens nécessaire à les rendre heureux? Evidemment que non! Un objet est inerte, il ne peut pas être heureux. Il en va de même pour nous autres humains, si nous somme dévalorisés et rabaissés au rang de produit de consommation. Il est donc urgent de se rappeler qu’il y a bien plus que la richesse et les biens matériels dans la vie, en commençant pas se demander ce qui fait Sens pour nous. Heureusement, nous restons humains, que nous le voulions ou non, et il est relativement aisé de revenir en arrière et de recommencer à vivre. Non pas comme une voiture ou un ordinateur, mais en tant qu’humain, unique et non-estimable.

Y a-t-il encore une place pour ce genre de message improductif dans notre société?

Et vous? A quel point pensez-vous être influencé par l’idéologie consumériste dans vos relations amoureuses? Vous est-il désormais plus compliqué de critiquer la surconsommation? N’avez-vous pas envie de ralentir et de vous sentir revalorisé en étant traité d’avantage comme un être sensible? Commençons par prendre le temps de découvrir réellement les autres 🙂

Merci à Patrick pour cet énoncé extraordinaire.

2 réponses sur “La libération sexuelle est le cheval de Troie du capitalisme”

  1. Salut Lorenz,
    Merci pour tes articles très intéressants! J’y lis ta fougue et ton envie de faire bouger les choses. J’évolue peut-être dans un monde parallèle mais je ne pense pas que le monde (entier) soit aussi atteint que tu ne pourrais le croire. Je crois en tout cas dans les relations durables, comme assise émotionnelle dans ma quête de Sens.
    T’es-tu déjà demandé quel était l’impact de notre quête de Sens sur la structure du couple et de la famille? Je ressens cette époque comme charnière, dans l’évolution de l’homme et des relations de couple. Je pense que nous plaçons notre bonheur personnel plus haut que la structure familiale, ce qui nous conduit à prendre des décisions (séparation, divorce…) qui ont des implications difficiles pour les autres. Comment concilier son bonheur et celui de sa famille?
    Pour moi cela passe par l’éducation des enfants, pour la prochaine génération, en essayant de développer au mieux leur intelligence émotionnelle pour qu’ils se connaissent bien, sachent de quoi ils ont vraiment besoin et puissent ainsi choisir la “bonne personne” pour une relation durable, sans compromis pour leur bonheur personnel. Enfin c’est l’espoir que j’ai pour eux 🙂 Je serai heureuse d’en discuter avec toi à l’occasion.
    Belle continuation dans tes projets,
    Julie

  2. Bonjour Julie,
    Merci pour ton retour passionnant!
    Tout d’abord, loin de moi l’idée de généraliser les cas extrêmes. Cet article invite simplement à faire remarquer que nous sommes tous au moins un tout petit peu influencés par notre environnement, avec des conséquences plus ou moins évidentes et plus ou moins souhaitables (la durabilité a par exemple tout intérêt à être dévalorisée afin de satisfaire le besoin non durable de croissance de notre société). L’important étant d’en avoir conscience.
    Et justement, dans notre société de plaisir au détriment du Sens, le Sens de vivre en couple ou en famille en prend un sacré coup. Il faudrait avant tout clarifier la définition du bonheur (plaisir ET Sens) et arrêter de le confondre avec du plaisir seul. D’après moi, ce manque de Sens explique bon nombre de nos problèmes, tout en étant dans le plus grand intérêt du consumérisme (intérêts contradictoires). Par contre, une fois qu’il est admis que bonheur = plaisir + Sens, il ne fait plus sens d’opposer son bonheur personnel et celui de sa famille, les deux vont de pair.

    Concernant les enfant, la première chose à faire est à mon sens de leur apprendre que le bonheur est à la fois le but et la condition de la vie (Aristote), et qu’il est composé d’un juste équilibre entre plaisir ET Sens (les pays nordiques semblent bien en avance sur nous concernant ce point. Voir “Where ton invade next” de Michael Moore). Ensuite, il faudrait pouvoir leur éviter le conditionnement publicitaire qui les CONDITIONNE à croire tout le contraire (but de la vie = réussite = luxe, argent et hyper-consommation). Mais tant que la priorité absolue des états sera la croissance, ce sera bien difficile (voir l’article “bonheur et/ou capitalisme”). Encore merci et belle année à toi, je t’écris personnellement pour en discuter bientôt.

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