Sous les pavés, la Terre (film)

Plus raccordé au réseau d’eau depuis… 37 ans!

Il y a plusieurs mois, je tombais sur un extrait de vidéo dans laquelle un homme expliquait que lui et sa famille n’étaient plus raccordés au réseau d’eau potable depuis… 37 ans ! En effet, ils ont à l’époque construit une citerne de 8 mètres cubes dans leur jardin afin de récupérer l’eau de pluie. Cette eau, filtrée à l’aide de roseaux, suffit amplement à la consommation de toute la famille ainsi que celle du jardin potager.

Filtrer de l’eau de pluie avec des plantes et la boire !?!

Déjà impressionné par cette première prouesse, le discours du père de famille qui suivait a définitivement fini d’encrer cet extrait dans ma mémoire. Dans mes souvenirs, à la question du journaliste demandant combien ils avaient de vacances, il répondait :

 « Là par exemple, je vous parle. Pour vous, je suis en vacances ou je travaille ? Vous savez, nous on s’épanouis tout au long de la journée au travers de différentes activités physique ou cérébrales, on n’a pas besoin de partir en vacances ! ».

« Parfuir » en vacances

Et si c’était vrai ? Est-ce qu’au final ces fameuses vacances, dont on nous rebat les oreilles comme étant l’un des plus fantastiques progrès social de notre société moderne, et que nous attendons avec impatiences une bonne partie de l’année, ne seraient pas en définitive nécessaires afin que nous continuions d’accepter ce mode de vie aliénant et insensé ? Et ne permettent-elles pas une nouvelle fois à tous de consommer son salaire durement gagnées au plus grand avantage de l’économie ? Entre partir en vacances et fuir sa vie oppressante, il n’y a peut-être pas tant de différences.

Mais maintenant que nous en sommes conscients, voulons-nous vraiment continuer de « parfuir » ? Comme souvent, il y a d’un côté le palliatif : fuir deux semaines à l’autre bout du monde afin de pouvoir continuer à bosser comme un fou pour soutenir encore un peu plus longtemps la croissance (bien que notre environnement commence à sérieusement montrer ses limites). Mais de l’autre il est aussi possible, bien que peu habituel voir carrément anormal (sic), de s’attaquer aux racines du problème : changer sa vie qui n’en est plus une, arrêter cette survie aliénante  et retrouver le Sens nécessaire à son bonheur ! A chacun de voir…

Le film

Reste que la semaine passée, je retrouvais cet extrait et avait alors le bonheur de découvrir pour la première fois l’intégralité de ce documentaire excellent accessible gratuitement. Je ne saurais donc que vous inviter à vous réserver dés que possible les 90 minutes nécessaires à son visionnage dans des conditions agréables. Je profiterai de la suite de cet article pour discuter quelques autres éléments que je trouve passionnants.

Sous les payés, la Terre (documentaire).

Homme intégré à la nature (primitif) VS homme supérieur (3’)

Pierre Rabhi explique à quel moment nous avons selon lui commencé à détruire la planète. Alors que nos ancêtres « primitifs » vivaient en symbiose avec l’environnement, en en faisant partie intégrante et en y prélevant strictement ce dont ils avaient besoin pour survivre, l’homme « civilisé » a pour sa part commencé à dominer la nature et donc à s’en extraire. C’est probablement à partir de là que nait l’exploitation, qu’elle soit humaine, animale ou encore agricole, et plus présente aujourd’hui que jamais. Lorsqu’on remplace « civilisation » par « exploitation », on se demande si le terme « primitif » ne vaudrait au final pas mieux. A méditer.

La maison « 3E » (19’)

La maison Ecologique, Economique et Entre-aide, c’est une maison avec tout le confort, autonome, mais sans beurre… Visiblement on survit quand même. Le fait est que « si tout le monde vivait comme nous, y aurait plus besoin de nucléaire, de pétrole, de charbon, etc. ». En plus la maison 3E peut être faite pratiquement par tout le monde, et offre une bonne excuse pour rencontrer ses voisins. Le tout pour moins de 25’000€, ça fait rêver.

Si vous aussi vous avez un problème avec le fait de « perdre sa vie à la gagner et passer sa vie à travailler pour payer sa maison dans laquelle on n’est pas ». Sacré Patrick Baronnet, il reviendra plus tard.

Trouver sa cohérence (24’)

« Dans ses actes, au quotidien, essayer de trouver sa propre cohérence, là où on est ». Pierre Rabhi revient là sur ce que la psychologie positive appelle la « cohérence cognitive », qui est le fait d’agir en accord à ses valeurs propres. A l’opposé, la « dissonance cognitive » nous est plus familière car la société nous pousse autant qu’elle le peut à agir contre nos valeurs (surconsommation, pollution, individualisme, isolement, etc.). Le fait est que selon Pierre Rabhi, trouver sa cohérence là où l’on est, est justement le changement que nous sommes souvent tentés d’attendre des politiques. Vous voulez sauver le monde ? Trouvez votre cohérence, là où vous êtes. Agissez en accord avec vos valeurs.

Les nutriments sont dans la peau, les pesticides aussi (25’)

D’après le Professeur Dominique BELPOMME, le non-sens des fruits et légumes provenant des exploitations agricoles industrielles provient du fait qu’il est nécessaire de les peler afin de se garder des pesticides présents majoritairement dans la peau. Malheureusement, les antioxydants permettant entre autres bienfaits de réduire son risque de cancer, les malformations congénitales ou les troubles de la reproduction, se trouvent eux aussi dans la peau des fruits et légumes. Un seul remède donc : manger bio, avec la peau (j’en parle au bas de cet article).

Produits phytosanitaires et transparence, l’inconscience du danger (28’)

Ce passage permet de mieux comprendre comment les pesticides se sont répandus, sur fond d’opacité quand au risques sanitaires et de conflit d’intérêt des coopératives effectuant à la fois la vente des semences, des engrais, des pesticides et se chargeant de l’information et de l’expertise technique. Les paysans ont en pris plein les poumons, sans se douter une seconde du risque. Et que dire de l’illusion du « MON810 », blé OGM phare de Bayer/Monsanto, démontrant une fois de plus le pouvoir de la publicité alors que les rendements ont étés prouvés comme identiques si ce n’est inférieurs (lien vers les sources au bas de cet article) .

Académie des sciences, progrès et OGM (31’)

Parfois il est bon de remettre les pendules à l’heure et de rappeler que l’académie des sciences, derrière son nom pompeux, a par le passé nié les problèmes liés à l’amiante, à la vache folle et au sang contaminé. Alors on a le droit de ne pas lui accorder toute notre confiance lorsqu’elle soutient les OGM et les nanotechnologies. Jacques Testart énonce ensuite la dualité phare actuelle : « progrès » contre « obscurantisme », extrémisme contre mesure et précaution, augmentation de la production contre augmentation du bien-être. On retrouve l’éternel capital contre « capital suprême ». En bref, résume Jacques Testart, les OGM, à part enrichir des multinationales détentrices de leurs brevets, ça ne sert à rien. Et encore moins à nourrir l’humanité, on en a pas besoin ! Et quand aux supposés futurs OGM miracles poussant dans le désert ou autre, qu’ils restent en laboratoire tant qu’ils n’existent pas. On en discutera lorsqu’ils seront là. En attendant, les existants ne servent à RIEN, alors inutile de prendre le risque de les répandre partout en les autorisant.

Le clash des cultures (42’)

Cette partie du film est très intéressante, elle montre bien le malaise ressenti par les exploitants agricoles industriels, ou agriculteurs dits « conventionnels » (comme si un demi-siècle d’application de ces pratiques nocives suffisant à oublier les millénaires précédents d’agriculture biologique). Enfin bref, ce maire, paysan « conventionnel », a bien du mal à accepter qu’un « petit jeune » vienne s’installer dans sa commune et fasse les choses différemment. Car le problème de la différence, c’est qu’elle force les « conventionnels » à se remettre en question. Et ça, quand il y a une certaine probabilité qu’on ait fait « faux » une bonne partie de sa vie, c’est forcément désagréable. Seul remède, lutter contre son perfectionnisme et accepter qu’on ait pu se tromper. C’est pas grave, personne n’est parfait, surtout qu’on n’est certainement pas le seul responsable. Rebondir et s’améliorer maintenant plutôt que jamais.

Qualités nutritives du bio et business (55’)

Les Bourguignons, tous deux microbiologistes des sols, sont aussi passionnants. Ils dénoncent le lien entre la recherche et l’industrie, empêchant dorénavant toute étude ou critique allant à l’encontre des intérêts de cette dernière, et dont certains résultats sont catapultés au-delà de toute éthique scientifique (unique comparaison de la teneur en nitrate des carottes biologiques et conventionnelles afin d’invalider l’intérêt de l’agriculture biologique). On ne s’étendra donc pas non plus sur les analyses des sols faites par les vendeurs de pesticides, ou le fourrage au maïs subventionné plutôt qu’au sorgo consommant bien moins d’eau. « On ne choisi dans l’agriculture que ce qui fait tourner le business ». Rien de nouveau depuis qu’on sait que les personnes en bonne santé sont mauvais pour le capitalisme.

Citernes d’eau pluviales (1h01)

C’est le fameux passage qui a fini par me mener à ce film, et je le trouve toujours aussi exceptionnel. Cela semble si inconcevable aujourd’hui de pouvoir stocker l’eau de pluie et la boire ensuite. « Le coût [de construction de la citerne] c’est 1500 €, investissement pour… des siècles ! ».

Patrick Baronnet donne ensuite un nouvel exemple des palliatifs à la croissance qu’on voit aujourd’hui partout : pour avoir moins de bouchon en voiture, on nous répète que la seule solution est de construire plus de routes. Mais on pourrait aussi avoir moins de voiture et moins se déplacer, non ? Sauf que seule la construction de davantage de routes profite à l’économie. C’est donc la seule solution valable dans un monde où la priorité absolue est la croissance. Moins de maladies ? Plus de médicaments plutôt qu’une vie plus saine. Moins de pollution ? Plus de nouvelles voitures électriques plutôt que moins d’industrie. La planète bientôt inhabitable ? Aller dans l’espace plutôt que d’arrêter de polluer, etc. Pour Patrick Baronnet : « La solution à l’épuration ? C’est pas l’épuration, c’est la non-pollution », évidemment.

Déplacer 1500 kg pour en bouger 80 ? (1h02)

Se déplacer en voiture, un non-sens.

Pierre Rabhi le rappelle, et il faudrait le faire plus souvent : déplacer une voiture de 1500 kg pour bouger son corps d’environ 70 kg, c’est un non-sens énergétique aberrant ! Sans parler du fait que seul 30% de l’énergie contenue dans l’essence sert à faire avancer la voiture. Les 70 % restants… chauffent l’air, et c’est tout. La voiture électrique a au moins l’avantage d’un rendement supérieur à 90 %, mais d’un autre côté il faut une énergie incroyable pour produire une voiture neuve. Alors combien de milliers de kilomètres pouvez-vous faire avec votre vieille voiture avant de polluer autant que la fabrication d’une voiture neuve ? Ou mieux : ne peut-on pas vivre sans voiture personnelle à l’heure du covoiturage, de l’éco-partage, et dans un pays où les transports publiques font bien plus qu’exister ? Pas facile de bien compter à coup d’un plein d’essence par ci, d’un service par là, d’un nouvel achat tous les 5 ans ou d’un train de pneus. Mais sachant qu’une voiture coûte en général entre 5’000 € et 10’000 € par an, s’en séparer laisse un sacré budget pour le train, Blablacar ou autre, non ? Alors bien sûr c’est toujours la même chose, si vous le faites vous ne serez pas le meilleur ami de la croissance, mais qu’est-ce que vous serez riche tout à coup!

L’Angoisse du futur (1h12)

« Maintenant, les jeunes sont dans la rue parce qu’ils sont de plus en plus angoissés par rapport au futur, et parce que l’horizon est brouillé, on ne sait pas trop vers quoi on va. Jusque là on mettait le profit au cœur de nos préoccupations, au cœur de la logique, comme alibi fondamental de sa raison d’être, et il faut que nous arrivions à mettre l’humain et la nature à la place», Pierre Rabhi. En bref, remplacer le capital par le capital suprême, tout le but de capitalsupreme.com. Alors parlez-en 🙂 !

Les 5 nécessités indispensables (1h15)

  1. Manger à sa faim
  2. Avoir accès à l’eau potable
  3. Etre vêtu
  4. Avoir un toit
  5. Se soigner ou être soigné

« L’économie sert beaucoup plus le superflu que le bien réel, sinon personne ne manquerai des 5 nécessités. Le problème du superflu, c’est qu’il est sans limite : vous pouvez avoir 40 yachts, 70 avions privés, on vous applaudira comme ayant bien réussi dans la vie. »
« Les décideurs sont issus de l’idéologie, ils ne peuvent penser en dehors de cette idéologie. »

Le manque d’ouverture d’esprit des spécialistes (1h17)

« Il existe des laboratoires de biologie moléculaire dans lesquels on a pas le droit de lire un journal ». Lorsque des chercheurs sont encouragés à rester entre eux et à s’isoler du monde, on est en droit de s’inquiéter. N’est-ce pas là d’ailleurs pas le cœur du problème ? Le manque d’esprit critique des chercheurs et de la société en général? Est-ce normal que durant toute la durée de mes études technique on ne m’ait jamais demandé une seule fois si le progrès technologique était bon ? Si il était toujours au service du bien commun ? Il semblerait qu’aujourd’hui ce soit avant tout un haut lieu de la spéculation financière lorsqu’on voit les capitalisations boursières faramineuses des multinationales de la Silicon Valley. Capital ou bonheur? Il est plus que temps de choisir.

Pub et insatisfaction (1h20)

La pub crée l’insatisfaction: Elle/il a cette montre et pas moi? Il me la faut.
” Le problème du superflu, c’est qu’il est sans limite : vous pouvez avoir 40 yacht, 70 avions privés, on vous applaudira comme ayant bien réussi dans la vie. » Pierre Rabhi, auteur de “La sobriété heureuse”.

« Notre système est un système d’insatisfaction, parce que si t’es satisfait tu consommes plus. Les gens sont malheureux non pas de ce qui leur manque, mais de ce que l’autre a, qu’on n’a pas. […] Utilisons cette richesse, cette biodiversité d’humains, pour se connaître. Voilà le bonheur.»

Les vacances on n’en a pas besoin, on est toujours en vacances (1h22)

Le second passage de l’extrait, ça fait rêver non ? J’en ai déjà suffisamment parlé au début de cet article.

Préparer des ilots de survie (1h27)

A l’heure de la collapsologie, il semblerait que l’effondrement soit proche. Seule solution : préparer des ilots de survie. Apprendre à vivre différemment, à devenir plus économe, défaire le développement et vivre en autonomie en petite communauté. Vivre simplement pour nous et pas pour faire tourner une machine économique, désobéir fondamentalement et obéir à soi. Changer… soi-même.

Et vous, qu’est-ce qui vous a marqué dans ce film ?

Merci à Thierry Kruger et Pablo Girault pour ce magnifique documentaire.

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